Connaissez-vous l’Université Quisqueya ? Grâce à HAL, partons en Haïti découvrir les recherches produites au sein de cette université, ancrées dans les problématiques du pays et à fort enjeu mondial. Le CCSD a accompagné la création d’une collection HAL pour valoriser les publications des chercheurs et chercheuses. À cette occasion, nous avons souhaité recueillir le témoignage du Professeur Evens Emmanuel, à l’initiative de la démarche. Les échanges se sont finalement transformés en article dans lequel M. Emmanuel retrace l’engagement de l’Université Quisqueya (UniQ) dans la science ouverte à travers l’adоptiоn stratégique de HAL. L’article est disponible sur la plateforme : il présente l’évоlutiоn de la recherche haïtienne depuis 2000, marquée par le dévelоppement des fоrmatiоns dоctоrales, les cоnséquences du séisme de 2010 et la créatiоn du Cоllège Dоctоral d’Haïti. Il présente également le Vice-Rectоrat à la Recherche et à l’Innоvatiоn (VIRRI) cоmme un mоteur d’une pоlitique scientifique structurée autоur de thématiques priоritaires : envirоnnement, santé, One Health et sécurité alimentaire․
Les extraits proposés dans ce billet illustrent la place de HAL dans la stratégie de l’Université.
Des domaines de recherche ancrés dans les réalités haïtiennes
L’observation de la collection HAL de l’Université Quisqueya reflète fidèlement les priorités scientifiques de l’institution, avec une dominante en sciences de l’environnement et sciences du vivant. Ce n’est pas un hasard : ces thématiques sont au cœur de la stratégie du VIRRI qui a identifié l’environnement – eau, assainissement, valorisation des déchets, zoonose, maladies infectieuses et tropicales, One Health, espace urbain – comme l’un des domaines d’excellence distinctifs de l’UniQ.
Au-delà de la juxtaposition de disciplines, l’Université Quisqueya a fait le choix ambitieux de fédérer ses structures de recherche en santé autour du concept « One Health » – Une seule santé (voir Approche intégrée One Health et initiative PREZODE en Haïti). Ce cadre, reconnu à l’échelle internationale par l’OMS, la FAO, l’OMSA et le PNUE, repose sur la conviction fondamentale que la santé humaine, la santé animale et la préservation des écosystèmes sont étroitement interdépendantes. L’approche One Health n’est pas un concept abstrait : elle répond à des urgences sanitaires et environnementales concrètes.
Pourquoi le choix de HAL ?
Le choix de HAL ne s’est pas fait par hasard. Il s’inscrit dans une stratégie institutionnelle délibérée et progressive, portée par le Vice-Rectorat à la Recherche et à l’Innovation (VIRRI) de l’Université Quisqueya, dont l’un des objectifs centraux est le renforcement de la visibilité internationale de la production scientifique de l’établissement. L’un des résultats les plus pertinents de ce choix est la création de la collection HAL de l’UniQ.Une stratégie de visibilité construite pas à pas. Dès l’année universitaire 2018-2019, le VIRRI a engagé une réflexion structurée sur la présence numérique de l’UniQ dans l’écosystème académique mondial. Cette réflexion a débouché sur une stratégie formellement adoptée en mars 2020 par le Conseil d’administration de l’université, intitulée « Renforcement de la visibilité internationale sur le plan scientifique de l’Université Quisqueya ». Dans ce cadre, l’UniQ a progressivement investi plusieurs plateformes : ResearchGate dès janvier 2020, puis Publons (Web of Science) pour la formation à l’évaluation par les pairs, avant de signer des partenariats avec CrossRef et Research4Life en 2021, et de s’affilier à altmetric.com. La création d’un profil sur HAL figurait explicitement parmi les actions planifiées dès janvier 2021 – au même titre que l’enregistrement sur Scopus – témoignant d’une vision claire de ce que devait être l’empreinte numérique d’une université engagée dans la science ouverte.
HAL, une plateforme alignée sur les valeurs de l’UniQ
Parmi toutes les plateformes envisagées, HAL présente des caractéristiques particulièrement adaptées à la situation et aux ambitions de l’Université Quisqueya. HAL est une archive ouverte : les documents qui y sont déposés sont accessibles gratuitement à tous, sans barrière d’abonnement, depuis n’importe quel point du globe. Pour une université haïtienne dont les chercheurs produisent des travaux sur des enjeux à portée internationale – zoonoses, changement climatique, qualité de l’eau, sécurité alimentaire – mais qui ne disposent pas nécessairement des ressources pour publier dans des revues à accès payant ou à frais de publication élevés, HAL offre une voie d’accès équitable et souveraine à la diffusion scientifique mondiale. C’est précisément ce que l’UniQ recherche : non pas simplement être lue, mais être lue dans les mêmes conditions que n’importe quelle université du Nord. HAL est également une infrastructure pérenne et institutionnellement solide, portée par le CNRS et le CCSD, qui garantit la stabilité des dépôts, l’attribution d’identifiants stables,et l’interopérabilité avec les grands systèmes de référencement internationaux. Pour une université qui a fait de la rigueur scientifique et de l’évaluation par les pairs des piliers de son développement – comme en témoignent la procédure d’accréditation des laboratoires au sein du CDH ou l’inscription sur Publons – cette fiabilité institutionnelle est déterminante.
Un choix cohérent avec la science ouverte comme bien commun
Enfin et peut-être surtout, le choix de HAL traduit une conviction : la science produite en Haïti, sur des questions haïtiennes et pour le développement d’Haïti, doit circuler librement. Dans un pays où les ressources sont limitées, où les chercheurs construisent leur expertise dans des conditions souvent difficiles, où l’accès aux revues internationales reste un défi quotidien, la science ouverte n’est pas un luxe idéologique – c’est une nécessité pratique et un acte de souveraineté intellectuelle. Il est important de souligner que l’Université Quisqueya est signataire de la Déclaration de San Francisco sur l’Évaluation de la Recherche (DORA). HAL incarne cette philosophie, et c’est pour cela que l’Université Quisqueya en a fait un pilier structurant de sa stratégie de visibilité internationale – jusqu’à l’inscrire dans les règles mêmes qui régissent la formation et l’évaluation de ses chercheurs.
Ce que les chercheurs attendent de HAL : des hypothèses fondées
En croisant ce que l’on sait de la stratégie de l’UniQ, des pratiques de ses chercheurs et du contexte haïtien, plusieurs attentes se dessinent de façon crédible. Les chercheurs de l’UniQ travaillent dans un environnement où l’accès aux grandes revues indexées reste coûteux et difficile. HAL leur offre une option pour diffuser leurs travaux sans barrière financière – et ils en ont conscience, car l’EREGeC (Équipe de Recherche sur l’Économie et la Gestion de la Connaissance) a précisément pour mission de documenter les limites des outils bibliométriques du Nord appliqués au Sud. HAL est perçu comme un outil de rééquilibrage, pas seulement de diffusion.
Par ailleurs, les chercheurs impliqués dans des collaborations avec l’IRD, l’AUF ou des universités françaises ont nécessairement été exposés à HAL via leurs partenaires. Pour eux, rejoindre HAL, c’est aussi parler le même langage que leurs collègues du Nord – se rendre visible là où ils sont attendus, dans les mêmes espaces numériques que les institutions avec lesquelles ils co-publient.
Enfin, pour les jeunes chercheurs et les doctorants formés dans le cadre de l’École doctorale « Société et Environnement » affiliée au Collège Doctoral d’Haïti, HAL représente une initiation concrète aux pratiques de la science ouverte. Le retour que l’on peut en attendre est celui d’une génération qui aura appris à penser la diffusion de ses travaux comme partie intégrante du processus de recherche lui-même – et non comme une étape accessoire réservée aux institutions bien dotées.
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