Synthèse de l’atelier tenu à Munin 2025 : l’action collective pour faire progresser les infrastructures ouvertes

Écrit par Delphine Crubellier

Ce billet est la traduction en français de Munin 2025 Workshop Summary: Collective Action Advancing Open Infrastructures

SCOSS, accompagné de représentants de DOAJ et d’Episciences, a co-animé un atelier interactif de 90 mn lors de la conférence de Munin 2025. Cet atelier intitulé « l’action collective pour faire progresser les infrastructures ouvertes » a réuni 16 participants.

L’objectif de l’atelier était d’examiner et d’identifier des solutions face au défi de la pérennité des infrastructures. Les participants, réunis en petits groupes de discussion encadrés par les modérateurs, ont travaillé à mettre en évidence les principaux obstacles et les solutions potentielles. Ils ont été invités à classer chaque solution en fonction de l’effort requis pour la mener à bien et de son impact. Nous remercions l’ensemble des participants pour cette session productive et interactive.

Les résultats de ces ateliers sont précieux pour SCOSS et les membres de la famille SCOSS, et sont pertinents pour l’ensemble de la communauté des infrastructures de la science ouverte. Cf le résumé ci-dessous.

Les défis

Les participants à l’atelier ont identifié plusieurs challenges interdépendants à relever au moment de financer une infrastructure ouverte. En tout premier lieu, les infrastructures sont confrontées à des interlocuteurs qui ne comprennent pas ou qui perçoivent mal la situation dans son ensemble, si bien qu’elles peinent à obtenir les soutiens de long-terme dont elles ont besoin. Ainsi, les institutions ont du mal à soutenir les infrastructures ouvertes, parce qu’elles ne disposent pas d’une vision/politique globale en matière de science ouverte, ce qui laisse planer l’incertitude quant à la manière de procéder ou d’établir des priorités dans un paysage qui est perçu comme fragmenté. Les responsabilités sont diluées et les infrastructures sont souvent considérées comme « gratuites », ou moins essentielles que les publications, ce qui entraîne une faible prise de conscience de la nécessité d’investissements pérennes. Dans ce contexte, la conscience qu’un investissement durable est nécessaire est faible. Les contraintes budgétaires et la concurrence avec les accords transformants entravent davantage l’action. Voici plus en détail la liste des réflexions issues de l’atelier :

  • Pas de vision institutionnelle sur les infrastructures ouvertes, ce qui mène à de l’incertitude concernant la manière de procéder, ou de prioriser, et d’adapter les soutiens.
  • Le sentiment de fragmentation rend difficile le choix des infrastructures à financer.
  • La dilution des responsabilités entraîne une difficulté à identifier qui doit prendre en charge le financement des infrastructures ouvertes dans l’institution.
  • Les infrastructures sont perçues comme « gratuites » ou moins essentielles que les publications ou que le contenu scientifique, ce qui contribue à un manque d’intérêt pour la question et une faible sensibilisation à la problématique.
  • Le faible niveau de compréhension de la fragilité des infrastructures ouvertes et du besoin en financement durable.
  • Les contraintes budgétaires et le fait que les accords transformants sont placés en première priorité, avant les infrastructures ouvertes.
  • Le manque de sensibilisation à la nécessité d’engagements à long terme peut ne conduire qu’à des contributions ponctuelles.
  • Les perceptions culturelles sous-estiment l’importance des infrastructures par rapport aux résultats scientifiques plus visibles.
  • Les infrastructures sont cantonnées à un rôle de prestataires de service, ce qui invisibilise leur rôle plus large, au sein d’un écosystème.
  • Un manque d’intérêt global pour les infrastructures ouvertes et une compréhension limitée de leur importance.
Les solutions

Les solutions imaginées par les participants à l’atelier peuvent être organisées en quatre thématiques : stratégies de réforme politique / financement / plaidoyer, sensibilisation et culture du changement / outils pratiques, savoir-faire et montée en compétences.

Stratégies de réforme politique :

  • Faire avancer la réforme de l’évaluation de la recherche, pour encourager la reconnaissance et le soutien aux infrastructures ouvertes,
  • Miser sur les accréditations et sur les labels pour mettre en avant la qualité et la fiabilité des infrastructures,
  • Plaider en faveur de politiques de financement et de mandats d’accès ouvert qui mentionnent explicitement les infrastructures ouvertes,
  • Travailler à l’alignement des engagement CoARA avec les initiatives des infrastructures ouvertes,
  • Répertorier des leviers à une échelle systémique pour agir sur la réforme des parties prenantes, et identifier les personnes à même de les activer,
  • Normaliser l’intégration du soutien aux infrastructures ouvertes dans les demandes de subvention.

Financement :

  • Cibler les partenariats et le co-financement par des consortia d’échelle nationale et internationale,
  • Investir dans des logiques de marques à long terme pour mettre en lumière les infrastructures ouvertes,
  • Encourager les institutions à utiliser les fonds accès ouvert déjà existant pour soutenir les infrastructures ouvertes,
  • Envisager de constituer des regroupements d’infrastructures SCOSS pour simplifier la prise de décision des institutions.

Plaidoyer, sensibilisation et culture du changement :

  • Construire une communauté de pratique sur le long terme, qui rassemble les soutiens à l’infrastructure ouverte,
  • Elargir la conversation sur l’accès ouvert pour inclure les infrastructures, en tant qu’élément fondamental,
  • Promouvoir une culture de la science ouverte à travers toutes les disciplines,
  • Collecter et partager les récits des usagers et les études de cas, pour montrer la valeur de l’impact des infrastructures,
  • Identifier et accompagner des champions parmi les institutions,
  • Rédiger un article du type « 10 règles simples pour soutenir les infrastructures ouvertes »,
  • Améliorer la compréhension des bases des infrastructures ouvertes et de leur importance,
  • Communiquer à la fois sur les bénéfices financiers et non financiers (visibilité, efficacité, citations).

Outils pratiques, savoir-faire et montée en compétences :

  • Mettre en place une boîte à outils SCOSS pour le plaidoyer, avec des arguments clés, des faits et une FAQ,
  • Créer des ressources de communication partagées et des fiches réutilisables pour élaborer des courtes présentations,
  • Proposer des ateliers due formation au plaidoyer, à la communication, et au marketing, pour différents publics cibles, y compris les personnels de bibliothèques et les infrastructures,
  • Produire des ressources qui permettent d’illustrer comment les infrastructures ouvertes se complètent pour couvrir l’ensemble du cycle de la recherche,
  • Etablir une procédure pour des fonds de contrepartie ciblés, dans le cadre de SCOSS,
  • Obtenir l’appui d’organisations à l’échelle locale, nationale et internationale.

Rosalie Lack, Coordinatrice SCOSS

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