Il y a un peu moins d’un an, j’ai été contactée pour rejoindre le comité SHS d’épisciences. Fervente partisane de l’accès ouvert et militante de longue date pour un renouvellement des pratiques de publication, j’ai retrouvé dans ce comité quelques ancien·nes du Comité scientifique d’hypotheses.org, et fait la connaissance de collègues issu·es d’autres contextes disciplinaires, mais tout aussi engagé·es sur les questions d’accès et sensibilisé·es aux problématiques éditoriales. Composé d’un anthropologue, d’une sociologue, d’un historien médiéviste, de spécialistes de Littérature française et étrangère et de Langues anciennes, souvent avec une affinité pour les humanités numériques, et particulièrement sensibles aux questions d’archivage et de diffusion le comité s’est d’abord demandé par où commencer. Autrement dit : pourquoi nous, et pour quoi faire ?

Ce processus d’appropriation de notre mission en tant que comité, dont le rôle est tout d’abord principalement de valider ou non des demandes de création de revues en SHS sur Épisciences, nous a conduit·es à produire des documents de cadrage destinés aux candidat·es à la plateforme, un texte d’éclairage sur le modèle des épirevues et une bibliographie venant s’ajouter à la liste des épijournaux existants. L’appel à revues a été complété par un vademecum destiné à faciliter la compréhension des attentes et expliquant point par point les attendus du formulaire de candidature. L’ensemble de cette documentation est disponible en français et en anglais.

Au cours de sa première année d’existence, le comité a reçu 5 candidatures, dont une a déjà été validée et se trouve en préproduction, tandis que les 4 autres sont en cours de validation à ce jour. L’évaluation des demandes s’appuyant principalement sur les réponses fournies dans le formulaire de candidature, nous avons la plupart du temps échangé avec les candidat·es pour nous assurer que le principe de l’épirevue était bien clair quand il nous semblait y avoir du flou (par exemple sur le principe du dépôt public des pré-versions),  éclairer l’un ou l’autre point qui restait encore obscur ou mal calibré à nos yeux.

Étonnamment, certaines de ces premières candidatures ne provenaient pas de l’espace francophone. Si Épisciences est parfaitement intégrée au paysage français de la publication en accès ouvert, l’ensemble de l’écosystème est original et mal connu de l’étranger. Il n’existe aucun pays où le dépôt en archives ouvertes soit si systématique : il l’est en France du fait que HAL est une infrastructure publique, parce qu’un dépôt dans HAL est requis par nombre d’agences de moyen et d’évaluations, et enfin parce que la Loi pour une République numérique de 2016 vient encadrer notamment les questions d’embargo. Même si, au niveau européen, la coalition S s’attache à mettre en place des recommandations volontaristes, notamment sur la rétention des droits, la plupart des pays n’ont pas encore intégré le dépôt de preprints en amont de la publication dans des revues dans des disciplines comme les lettres, langues et sciences humaines. En ce sens, l’acculturation à un modèle comme celui de l’épirevue est quasiment intégrée de fait à la promotion de la science ouverte telle qu’elle a été menée en France. Même s’il reste certaines communautés de recherche en SHS à convaincre, toutes les conditions sont réunies pour que la plupart d’entre elles s’emparent et mettent à profit ce modèle de publication de revues.

Les épirevues (overlay journals en anglais) sont conçues de manière à adosser le processus éditorial (évaluation par les pairs, éditorialisation telles qu’on les réalise classiquement pour les publications scientifiques) au dépôt public du preprint de l’article soumis par l’auteur·rice dans une archive ouverte. Ce qui apporte une facilité technique et une transparence dans le processus d’évaluation présente également des avantages pour l’auteur·rice, qui peut mettre son article à disposition avant sa publication par la revue et conserve les droits sur le dépôt de son article. Le comité éditorial de la revue lui demandera de procéder à des modifications dans son dépôt en archive ouverte pour l’intégrer ensuite à la revue. Le processus d’évaluation est largement facilité par la plateforme mise à disposition par Épisciences, qui ne nécessite aucune installation logicielle et peut être aisément adaptée aux besoins éditoriaux (type d’évaluation, communication avec auteurs·rices et évaluateurs·rices, vue d’ensemble du workflow, attribution de droits variés selon les rôles des personnes impliquées, etc. sont adaptables en fonction des besoins). Et rien n’empêche une revue, une fois l’évaluation et la mise en page terminées, de produire une version imprimée.

Dans le quotidien d’un·e chercheur·e en SHS, soumettre un article et devoir attendre plusieurs mois (voire plusieurs années) pour qu’il soit publié est monnaie courante – autant dire que l’article risque d’avoir un peu perdu de son actualité en cours de route. Les épirevues, sans renoncer à un processus d’évaluation de qualité, ouvrent la porte à une autre temporalité de la recherche en permettant que les travaux soient accessibles dès le dépôts des preprints. La publication comme bien partagé : une expérience à tenter et à adopter !

Anne Baillot pour le comité EpiSHS

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